L’Univers du Dominion des Cimes
Dans un futur lointain, l’humanité ne survit plus qu’au sommet du monde qu’elle a autrefois bâti. Les gratte-ciels titanesques d’une ère oubliée percent encore le ciel, mais leurs bases ont disparu dans un océan de décombres. Sur ces toits devenus terres fertiles, les derniers humains ont reconstruit une civilisation : le Dominion des Cimes, un archipel de cités-îlots suspendues entre ciel et vide.
Les Cimes : un monde vertical
La vie se concentre exclusivement sur les toits et les derniers étages habitables. Chaque immeuble est une île autonome : murs crénelés renforcés contre les bourrasques, tours de guet scrutant l’horizon aérien, serres hydroponiques sous dômes de verre recyclé qui capturent la lumière rare, jardins potagers où l’on cultive méticuleusement les graines encore viables – légumes résistants, herbes aromatiques, et parfois des fleurs pour le moral. Les villes s’étendent sur plusieurs toits reliés par des ponts suspendus de corde tressée et d’acier rouillé, des passerelles grinçantes qui oscillent dans le vent perpétuel, ou des plateformes flottantes ancrées par d’anciens ballons à hélium rafistolés.
La hauteur définit tout : plus on monte, plus on est en sécurité… et plus on appartient à l’élite. Les terrasses supérieures offrent des vues infinies sur les nuages et les étoiles, un air plus pur filtré par les vents dominants, tandis que les niveaux inférieurs subissent les tempêtes les plus violentes et les ombres longues des structures voisines.
Le quotidien est une lutte constante contre les éléments. L’eau de pluie est collectée dans des citernes géantes taillées dans les anciens réservoirs des immeubles, filtrée et rationnée avec soin. Les vents hurlants obligent à des rituels d’ancrage : chaque habitation est arrimée par des câbles d’acier, et les marchés se tiennent sous des auvents renforcés pour éviter que les étals ne s’envolent. Les enfants grandissent en apprenant à marcher sur des planchers qui vibrent, à juger la force du vent d’un seul regard, et à rêver de vols en dirigeable comme d’une liberté ultime. Les ascensions entre niveaux se font par des escaliers taillés dans le béton ou des monte-charges actionnés à la manivelle, un effort physique qui marque les corps autant que les esprits.
Les immeubles varient autant que les destins de leurs habitants. Certains, comme ceux d’Aetherion la capitale, sont des titans restaurés avec opulence : flèches élancées, terrasses verdoyantes, et ports aériens grouillants de vie. D’autres, isolés aux confins du Dominion, sont des ruines à peine habitables, leurs toits fissurés colonisés par des communautés nomades qui migrent d’un sommet à l’autre au gré des saisons. Ces différences créent un archipel contrasté, où la solidarité entre cimes voisines peut sauver une ville d’une famine, mais où la rivalité pour les meilleurs emplacements – ceux exposés au soleil ou protégés des tempêtes – alimente des conflits ancestraux.
Une société féodale dans les nuages
Le Dominion des Cimes est un monde médiéval réinventé.
Les seigneurs règnent depuis des châteaux construits sur les plus hautes terrasses, les marchands contrôlent les grandes plateformes commerciales, les artisans et paysans vivent sur les toits intermédiaires. Les titres se transmettent par le sang ou par la richesse, les alliances se scellent par des mariages ou des pactes commerciaux, et les conflits se règlent parfois par des joutes aériennes ou des duels sur les passerelles.
La monnaie circule sous forme de pièces frappées, de lingots de métal recyclé ou de reliques technologiques. Les fêtes sont grandioses : festivals avec lanternes volantes, banquets sous les étoiles, danses sur des planchers de bois tendus au-dessus du vide.
La verticalité dicte tout, même la place de chacun dans la société. Les plus puissants occupent les terrasses les plus élevées, là où l’air est plus pur et les vents moins traîtres ; les serfs et ouvriers s’entassent sur les toits inférieurs, plus exposés aux tempêtes et aux risques d’effondrement. Cette hiérarchie rigide génère des tensions constantes : les nobles paradent en armures ornées et capes de fourrure, tandis que les artisans négocient âprement leur ascension sociale par le commerce ou l’invention de nouvelles reliques. Les lois, proclamées depuis les tours seigneuriales, sont appliquées par des chevaliers en manteaux de cuir et des gardes aux lances recyclées, mais la justice reste souvent affaire de pouvoir – un duel gagné peut valoir une promotion, une dette impayée une chute dans l’oubli… ou pire.
Les dirigeables : artères du ciel
Sans routes au sol, tout voyage passe par les airs.
Les dirigeables sont le cœur de la civilisation : petits esquifs familiaux, caravanes marchandes immenses, navires de guerre bardés de balistes.
Leurs coques sont faites de bois, de métal récupéré et de toile rapiécée ; leurs moteurs ronronnent grâce à des reliques d’avant la chute – générateurs à vapeur, hélices électriques, parfois même des réacteurs à fusion miniaturisés.
Un voyage entre deux villes peut durer des jours, rythmé par les escales dans des relais aériens suspendus, où l’on recharge en eau, en nourriture et en nouvelles.
Les reliques d’un monde perdu
La technologie ancienne est à la fois trésor et mystère.
On trouve encore des armes à feu rares, des automates rouillés, des écrans fissurés qui affichent parfois des images fantômes du passé.
Les plus audacieux – artisans, érudits ou aventuriers – tentent de les réparer, de les comprendre, de les intégrer à la vie quotidienne : lampes électriques dans les châteaux, ascenseurs à câbles dans les tours, radios crachotantes pour les messages longue distance.
Mais chaque relique est précieuse… et dangereuse.
Beaucoup ne fonctionnent plus, ou très mal ! Mais parfois, des miracles peuvent se produire ...
Une beauté fragile
Le Dominion des Cimes est un monde d’une beauté âpre et vertigineuse. Les couchers de soleil embrasent les verre recyclés des dômes, transformant les serres en cathédrales de lumière rougeoyante. Les vents portent les chants des marchés flottants, les rires des enfants courant sur les passerelles, et les notes graves des cors de brume qui signalent l’approche des dirigeables. La nuit, les étoiles semblent plus proches qu’ailleurs, comme si le vide en contrebas avait rapproché l’humanité du cosmos.
Cette splendeur cache une existence suspendue au-dessus de l’oubli. Les habitants contemplent souvent les horizons infinis depuis les terrasses, où les poètes récitent des vers sur la « danse des cimes », et où les amoureux gravent leurs serments sur des plaques de métal rouillé. Les légendes parlent d’un âge d’or où les immeubles touchaient encore le sol, mais aujourd’hui, la beauté est un rappel constant : chaque lanterne allumée, chaque jardin suspendu, chaque voile gonflée est une victoire sur le chaos.
Pourtant, cette harmonie reste précaire. Un câble qui lâche, une tempête trop forte, une relique qui explose ou un pont qui cède… et tout peut basculer en un instant. Les cicatrices sont visibles partout : passerelles réparées avec des planches neuves, dômes fissurés colmatés à la hâte, dirigeables aux voiles rapiécées comme des ailes blessées.
C’est un univers où l’humanité a appris à vivre en équilibre sur le fil du ciel, célébrant la lumière parce qu’elle sait que les ténèbres ne sont jamais loin.